Jeudi 19 février 2009
4
19
/02
/Fév
/2009
22:57
Il y a ce café, où j'allais avec mon ex, cette fille avec qui j'ai vécu durant trois (dès la fin du premier mois en tant que couple nous nous sommes installés ensemble). C'était notre café à nous,
on à commencé à le fréquenter en même temps qu'on a commencé à se fréquenter, on s'y donnait rendez-vous le mercredi après-midi, on achetait des pâtisseries chez Jacques, et on passait quelques
heures hors du temps, juste tout les deux. On connaissait le personnel, leurs compagnons et même leurs enfants, il nous connaissait nous, notre histoire d'amour, nos habitudes, nos petits tracas.
On y a appris à se connaître, on s'y ait aimé, on y a même rompu, et tenté de se remettre ensemble. J'ai vu ce café changé, refuser du monde, ou demander aux clients de retirer leurs casquettes,
j'ai vu le premier patron devenir de plus en plus rigide et morose, aigri et con, j'ai vu leur serveuse s'en allé, leur barman devenir de plus en plus sombre, leur garçon de café travailler de
moins en moins avec plaisir.
J'ai vu ce café se faire racheter et changé de direction, j'y ai vu la patronne, une petite nana tojours souriante, de bonne humeur, proche de ses clients, chercher des employés. J'ai vu la ronde
des périodes d'essais, des visages qui se succèdaient derrière le plateau qui me servait mon allongé. J'ai rencontré les serveurs, serveuses et barmaids définitif, on a sympathisé en commençant par
un bonjour professionnel, puis un bonjour plus détendu, un salut avec une poignée de main. Malgré une absence après cette rupture dont je parlais plus haut, j'y ai retrouvé mes marques et repère,
j'ai retrouvé l'atmosphère tranquille qui m'avait plu à l'époque et qui fait que j'y retourne et y passe du temps, même seul, puisque même seul j'y connais souvent quelqu'un. Et que même seul, là
bas je me sens bien.
A l'heure actuelle, je retourne dans ce café au moins une fois par semaine, j'y reste parfois deux heures. Généralement j'y vais seul, j'y suis seul. Peut-être que ça intrigue les serveurs, je ne
sais pas, car certains d'entre eux ont, malgré ce que je peux dire, parfois un drôle de regard sur moi, au delà du fait qu'ils peuvent être très sympa avec moi.
Enfin, mon rapport avec les hommes, les autres mecs qui ont généralement mon âge un peu moins, un peu plus, a toujours été un peu spécial, ils ont toujours eu des appréhensions ou des retenues à
mon encontre, quelque chose qui fait qu'entre nous ça ne click pas,comme disent les québécois. Bref, donc j'y vais toujours seul, je n'y emmène pas les filles que je rencontre, celles avec qui ça
ne durera pas, ou celles qui deviennent parfois mes amies, je n'y emmène pas de garçons, parce que d'amis masculins, je n'en ai pas, le seul mec avec qui je m'entend bien, et encore de loin parce
qu'on habite plus au même endroit, c'est mon frère. Ne me demandez pas pourquoi, la réponse requiert l'avis d'un professionnel spécialisé à mon humble avis.
Pourquoi je vous parle de ce café ? Parce que l'autre jour, mercredi pour être exact il m'est arrivé quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas. Ils ont une petite barmaid, un mètre
soixante-dix, fine, brune, un visage à la fois joli et avenant, une expression qui force la sympathie, un petit corps de rêve fin et plein de douceur. Ça m'arrive de discuter avec elle, mais jamais
beaucoup plus que ça. Elle est employée dans le café où j'aime à venir boire mon café quand j'ai besoin d'être pour moi, mais pour moi au milieu de la foule, j'ai horreur de la solitude des
campagnes, celle qui fait que sans trop d'efforts, si on en a envie, on peut rester seul sans croiser âme qui vive de la journée, et même de la nuit. Et je n'ai pas envie d'être comme tout ces mecs
qui à chaque fois qu'ils viennent reluque son cul quand elle se retourne et ses yeux en lui faisant de grands sourires qui ne cachent rien de leurs désirs à son égard, quand elle leur fait face.
Ces mecs qui lui tapent la conversation pendant de longues minutes, et qui ont sans cesse besoin de son attention, de savoir qu'ils la font rire ou qu'ils lui sont sympathique, comme si ça avait
quelque chose de rassurant pour eux. Parce que le truc que je n'ai pas dit, c'est que la demoiselle est jeune, très jeune même par rapport à la plupart des mecs qui viennent chez elle chercher un
peu de fraîcheur et de réconfort que les femmes plus âgées ne leurs apportent peut-être pas(je ne sais pas vraiment pourquoi tant de trentenaire lui tournent autour). Elle doit avoir 18 ans. Et
pour avoir entendu une conversation par hasard entre elle et un de ces types qui ont parfois 12 ou 15 ans de plus qu'elle, elle a conscience de ce que ses mecs cherchent en elle, elle trouve un peu
anormal qu'un type de 35 ans puisse être attiré par une petite nana de son âge, peut être pas anormal en fait, non, mais elle ne comprend pas trop pourquoi ça arrive.
Je ne le cache pas, elle me plaît, elle est belle à croquer, c'est le genre de fille pour qui je deviendrai facilement cannibale. Mais la première fois que j'ai discuté avec elle, elle m'a dit son
âge, et ça m'a pour ainsi dire bloqué. Elle à beau être belle, je bloque sur cette différence d'âge, et je ne cherche jamais à la séduire, j'avoue avoir tenté une première approche alors que je ne
la connaissais pas encore, mais depuis plus rien.
En plus j'ai toujours eu la sensation qu'entre elle et moi ça ne collait pas, que je ne lui plaisais pas plus que ça. Et comme dirait Barney dans How I met your mother il faut 8 secondes et demi à une femme pour savoir si tu lui plais ou non. Quand c'est
comme ça je ne joue pas au gros lourd, je laisse les choses se faire naturellement, si elle a envie de me parler elle voit où je suis, si j'ai quelque chose à dire je lui le dit, et on en reste là,
sans sous entendues, sans tentatives de rapprochements, sans ruses et coups fourrés ou hypocrisie, rien. Et puis ça reste une employée du café où je préfère le prendre, ça me ferait mal de ne plus
y venir à cause d'une histoire, d'une relation qui tournerait mal, vous me suivez ?
Maintenant que j'ai dit tout ça, je peux vous raconter ce qui me laisse aussi perplexe. La chose est simple. Mercredi après-midi vers 16h45 quand je suis arrivé au café, la salle était pleine. Pas
d'autre place que celle au comptoir, et une table pour 6 personnes dans la minuscule pièce accolé à la salle principale, logiquement, pour moi, je me suis installé au comptoir, et j'y ai bouquiné,
en effet, je venais d'acheter les Japonais aussi pètent parfois les plombs de Keiko Ichiguchi, je n'avait rien de mieux à faire que de poser là, un livre à la main,un grand café sur le comptoir, l'air présent et lointain.
Je n'ai rien remarqué tout de suite, mais alors que j'étais plongé dans mon livre, car je lisais un chapitre sur les fantômes et les esprits au Japon et les différentes perceptions à leur sujet en
Asie et en Europe, je me sens observé, ça a déjà dû arrivé à tout le monde, cette sensation que quelqu'un vous fixe avec insistance, parce que effectivement quelqu'un vous regarde avec
insistance, je relève la tête et je tombe nez à nez, ou plutôt devrai-je dire les yeux dans les yeux avec la demoiselle qui en me regardant lire avait un grand sourire posé sur le visage. Et tout
ce que je trouve à lui dire c'est "Oui, quoi ?", rien pour répondre à son sourire, juste le "oui, quoi ?" de quelqu'un de surpris que la personne qui la regarde puisse la mater avec cet air là, car
justement c'est une personne qu'il n'aurait jamais imaginé pouvoir faire plus attention à lui que ce que son métier de barmaid-serveuse lui demande pour chaque client. Elle m'a répondu en
continuant de me sourire "t'as l'air à fond dans ton livre", je lui ai rendu son sourire, avec autant de sincérité que possible (je n'aime pas faire des sourires de politesse, je n'ai jamais été
doué pour ça, suffit de voir ma tête en photo en général et de discuter avec moi pour voir la différence entre ces deux sourires, le sincère et le poli), et je me suis remis à lire.
Pour quelqu'un comme moi qui habituellement profite de chaque occasion pour apprendre à mieux connaître les femmes et qui ne résiste pas à répondre à ce genre de phrase, appelant la conversation,
c'est presque totalement anormal comme réaction, mais j'ai agis comme ça pour les raisons que j'ai évoqué plus haut, et peut-être aussi parcde que son attitude m'a vraiment surpris et
désarçonné.
Seulement, si ça s'était arrêté là, je n'aurai pas fait plus attention, me disant que ma concentration ou la façon dont je pouvais être absorbé par mon livre avait peut être quelque chose de
coquasse. Sauf que ça ne s'est pas arrêté là. Tout le temps où je suis resté au café, debout appuyé contre mon comptoir, j'ai sentis que ses yeux se posaient sur moi, m'observaient, parfois même je
levais la tête pour vérifier si ce n'était pas une crise de paranoïa narcissique aiguë, du genre " je suis irrésistible, elle m'a regardé une fois, je suis sûr que maintenant elle est folle de moi"
(c'est un truc qui touche souvent certains individus,sans distinction de sexe, avec un ego sur-dimensionné, ego sur-dimensionné souvent sans raison d'ailleurs), mais non, pire, je croisait son
regard et celui-ci me renvoyait une expression pleine de malice et de quelque chose que je n'arrive pas à définir. Et ça a continué comme ça jusqu'à ce que je doive y aller. Mais avant de
partir,quand nos regards se sont encore une fois croisés, j'ai à nouveau eu droit à ce même regard,mais avec moi de malice et plus de ce quelque chose que je n'arrive pas à définir. Je suis me suis
dirigé vers mon bus complètement chamboulé par ce qu'il venait de se passer, parce que jamais je ne me serais attendu à ce que cette fille puisse m'observer avec cet air là, ou me regarder tout
court. Pas que je n'ai aucune estime pour moi, mais parce que dans mon esprit c'était gravé comme quelque chose qui n'arriverait jamais.
Est-ce que ça cache quelque chose ? Est-ce que j'ai mal interprété ce qui s'est passé ? Ai-je tort dans les deux cas ? Peut-être qu'une de ces questions est la bonne, mais je suis absolument
incapable de dire laquelle. A mon humble avis,seule chose à faire laissé faire le temps.
Par kalhy
0